À l’approche de la présidentielle de 2027, la question du financement de l’enseignement supérieur revient sous une forme familière : faut-il maintenir des droits d’inscription très bas, ou les augmenter ? Posé ainsi, le débat est confortable, car il se prête aux slogans. Il est aussi trompeur, parce qu’il détourne le regard d’une difficulté plus profonde : celle d’un modèle universitaire dont les moyens ne suivent plus les missions. Mais les Robots ont investigué et vous proposent dans ce papier une analyse qui prête au débat et en appelle à vos idées ou vos opinions (cf l’encadré ci-dessous).
Soyons clairs, l’université française reste, au moment de l’inscription, peu coûteuse pour l’étudiant. Elle est pourtant de moins en moins en capacité de garantir partout les conditions d’étude, d’encadrement, de recherche et d’innovation que suppose un enseignement supérieur de masse. Le système a-t-il besoin de ressources supplémentaires ? Très vraisemblablement. Ces ressources doivent-elles provenir des étudiants ? Pas nécessairement, et en tout cas pas sans une refonte simultanée de la solidarité étudiante et de la responsabilité financière de l’État.
La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut « faire payer les étudiants ». Elle est de définir une répartition juste, efficace et lisible de l’effort entre l’État, les familles, les entreprises, les territoires et les bénéficiaires économiques de l’enseignement supérieur.

Un modèle sous tension
Le problème dépasse largement le niveau des droits d’inscription. Le rapport de la commission d’enquête du Sénat (n° 943, 2025-2026) décrit un « effet ciseaux » : les charges, notamment salariales, progressent plus vite que les ressources. Entre 2018 et 2025, les charges de personnel des établissements ont augmenté de 37 %, sous l’effet de décisions nationales insuffisamment compensées. À politiques inchangées, le déficit tendanciel atteindrait environ 2 milliards d’euros à l’horizon 2030.
La subvention pour charges de service public (SCSP) demeure la ressource fondamentale, avec près de 14,5 milliards d’euros en 2025. Elle a progressé depuis 2018, mais faiblement en termes réels, et selon des modalités jugées opaques, souvent héritées de l’histoire plus que des besoins. La dépense moyenne par étudiant à l’université s’élevait à 12 460 euros en 2024, contre 17 220 euros en STS et 19 070 euros en CPGE : le sujet n’est donc pas seulement celui d’un sous-financement global, mais aussi celui de la répartition des moyens entre filières.
Les signaux d’alerte se multiplient. En 2026, 14 universités sont soumises à une procédure de retour à l’équilibre financier, contre neuf l’année précédente. Quant aux appels à projets, ils financent utilement l’innovation et la transformation, mais deviennent problématiques lorsqu’ils installent des dispositifs pérennes sans financement récurrent pour les maintenir.
Autrement dit, l’université ne peut durablement assumer l’accueil massif des bacheliers, la transformation pédagogique, la recherche, l’internationalisation et la transition écologique avec une dotation socle incertaine, des charges imposées insuffisamment compensées et des financements de projet par nature temporaires.
Trois visions du service public
Les candidats de 2027 ne s’opposent pas seulement sur des montants. Ils portent des conceptions différentes de ce qu’est un diplôme.
Le modèle universaliste privilégie l’impôt et la hausse du financement public, avec une gratuité ou des droits très faibles, adossés à des bourses, une allocation ou un revenu étudiant, des recrutements et des places supplémentaires. Reste à savoir si cette vision garantit un financement soutenable et correctement réparti entre les filières.
Le modèle contributif et responsabilisant repose sur des droits modulés, des prêts garantis et l’autonomie des établissements, avec des bourses ciblées, voire au mérite. On peut se demander s’il ne risque pas d’accroître l’aversion au risque et l’endettement des jeunes.
Le modèle d’investissement orienté vers l’emploi cible le financement sur les secteurs, capacités et formations jugés prioritaires, par l’alternance, la régulation de l’offre et le pilotage par l’insertion. Se pose alors la question de savoir qui décide de la « valeur » des formations, et comment préserver les disciplines moins immédiatement rentables.
Derrière ces clivages se joue la nature même du diplôme : bien commun financé par l’impôt, investissement individuel appelant une contribution, ou outil de politique économique à orienter selon les besoins de compétences. Ce sujet mérite un traitement à part, et nous y reviendrons dans un prochain article.

Sortir de la vision gratuit / payant
C’est ici que se joue, selon nous, l’essentiel. L’idée directrice est simple : passer d’une « gratuité uniforme », qui ne corrige pas nécessairement les inégalités de départ, à une accessibilité garantie, qui protège les étudiants les plus contraints tout en donnant aux établissements les moyens d’améliorer la qualité des formations.
Le rapport des Assises sur le financement des universités va dans ce sens en envisageant un barème progressif : exonération des étudiants les moins solvables, puis montée, à terme, des droits autour de 900 euros en licence et 1 300 euros en master, avec pour objectif que les recettes générées par les droits d’inscription représentent 10 % des ressources universitaires. Ce serait un changement substantiel par rapport au modèle actuel, où les droits nationaux 2026-2027 s’élèvent à 178 euros en licence et 255 euros en master.
Une telle évolution ne peut toutefois être jugée sur son principe seul. Elle ne prend son sens qu’à quatre conditions, faute de quoi le dispositif perd, selon nous, sa raison d’être.
Ces conditions déplacent la question. L’équité ne consiste pas à se demander « faut-il faire payer tout le monde de la même façon ? », mais « comment faire en sorte que les moyens publics profitent davantage à ceux qui en ont le plus besoin, sans faire de l’entrée dans le supérieur un risque financier pour les familles ? ».
LE DÉBAT EST OUVERT
Un contrat de financement repensé
Nous mettons sur la table une proposition, que nous souhaitons soumettre aux candidats comme à vous, chers lecteurs :
- Une loi de programmation universitaire sur cinq ans, distinguant clairement les moyens consacrés à la formation, à la recherche, au patrimoine, au numérique, à la vie étudiante …
- Une SCSP fondée sur l’activité et les besoins, plutôt que sur la reconduction d’historiques budgétaires : volume et profil des étudiants, disciplines, intensité pédagogique, objectifs territoriaux, coûts réels, missions de recherche. C’est ce que semble vouloir faire l’État avec les COMP « 100 % mission ».
- Une compensation intégrale et automatique des décisions nationales (mesures salariales, point d’indice, GVT, pensions, nouvelles obligations réglementaires). L’autonomie ne peut pas signifier le transfert de risques budgétaires que les établissements ne maîtrisent pas.
- Une contribution étudiante progressive et solidaire, le cas échéant, intégralement fléchée vers les conditions d’étude : accompagnement du premier cycle, santé mentale, orientation, équipements pédagogiques, logement, réussite. La transparence sur l’usage de la recette est essentielle.
- Des ressources propres compatibles avec le service public : formation tout au long de la vie, partenariats socio-économiques, valorisation de la recherche, financements européens, mécénat. Elles doivent compléter, jamais remplacer, le financement public récurrent.
Cette proposition vous paraît-elle équilibrée ? Que retireriez-vous, que faudrait-il ajouter ? Dites-le-nous en commentaire : la discussion est ouverte, et elle nous concerne tous.
Un contrat plutôt qu’un slogan
Selon les Robots, la présidentielle ne devrait pas opposer abstraitement partisans de la gratuité et défenseurs de la hausse des droits. Le débat utile porte sur le contrat que la Nation propose à sa jeunesse et à ses universités : un État qui finance réellement les missions qu’il prescrit ; des établissements autonomes mais protégés des injonctions non compensées ; une contribution graduée selon les moyens de chacun ; une vie étudiante qui ne conditionne plus la réussite académique à la capacité des familles à absorber le coût réel des études.
L’université française ne manque pas seulement d’argent. Elle manque surtout d’un modèle de financement cohérent, lisible et politiquement assumé.
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