Lorsqu’il s’agit de poser des questions difficiles on peut compter sur les Robots de Simone. Nul doute que les prises de parole de leur fondatrice ont une influence, à commencer sur leur vision de leur engagement au service de l’éducation et des établissements qui la portent en France comme ailleurs. Aussi, c’est avec précaution que les Robots s’emparent d’un sujet qui peut vite prendre des chemins de traverse et les conduire dans une impasse pas forcément très académique. Car, en préambule, on peut s’interroger sur la notion d’influence et exposer des définitions variées. Si l’on s’en tient au passé, l’influence est le « fluide provenant des astres et agissant sur la destinée humaine », tandis qu’aujourd’hui on retient surtout que c’est une « action, généralement lente et continue, d’une personne, d’une circonstance ou d’une chose qui agit sur une autre ». Dans tous les cas, l’influence est le résultat d’une action volontaire ayant pour but de modifier la perception des choses, puis les décisions, et finalement les parcours des personnes.
Comment les établissements de l’enseignement supérieur se sont-ils emparés de ce moyen pour établir ou améliorer leur position dans un monde concurrentiel ? Comment leur rayonnement, leur puissance s’expriment pour guider et attirer vers eux de nouveaux talents ?
Nous distinguerons dans cette analyse deux facteurs clés : l’influence scientifique ou académique, et l’influence médiatique, et nous le verrons plus tard, le lien entre ces deux axes est réel et permet d’orienter les stratégies des établissements.
Pour ce qui concerne l’influence scientifique, nous mesurons en règle générale, la capacité de l’établissement à peser sur la production, la circulation et l’usage des connaissances. On peut la penser autour de quelques dimensions clés, telles que :
En matière d’influence, de visibilité et de notoriété, on évoquera la place de l’établissement dans l’espace public, médiatique et social. Ainsi, il faut analyser, par exemple :
- Marque institutionnelle : clarté du positionnement (université de territoire, de recherche intensive, engagée, internationale, etc.), cohérence du récit de marque, identité graphique.
- Visibilité médiatique : présence régulière dans la presse nationale et régionale, tribunes d’enseignants‑chercheurs, capacité de réaction aux sujets de société (réactivité du service communication, cellule « prises de parole »).
- Présence numérique et réseaux sociaux : stratégie éditoriale sur X, LinkedIn, Instagram, YouTube, travail sur les « visages » de l’université (président, VP, chercheurs-ambassadeurs), animation de communautés (alumni, étudiants, partenaires).
- Expérience et réputation vécues : qualité perçue des formations, de l’accompagnement des étudiants, des services (orientation, insertion, vie de campus), bouche‑à‑oreille des alumni, classements et labels (labels européens, accréditations, etc.).
Lors de sa réélection à la présidence de Sorbonne Université, Nathalie Drach-Teman, qui défend sa vision d’une université plus ouverte à la société, dans un contexte budgétaire compliqué par un déficit de 15 millions d’euros en 2025, déclare :
« je veux travailler sur ce que j’appelle la résilience budgétaire. Il s’agit à la fois de défendre les budgets pour l’université, mais aussi d’aller chercher des ressources propres en recherche partenariale, en formation continue ou via la Fondation Sorbonne Université. Le tout dans une dynamique de mutualisation et de solidarité entre les structures de l’université ! »
On comprend alors toute l’importance de l’influence de la marque et de l’établissement dès lors qu’il s’agit d’aller chercher des financements extérieurs. Être performant et reconnu sur le plan scientifique et académique étant nécessaire mais plus suffisant pour séduire le monde économique et en particulier les entreprises.
Dès lors, le problème principal posé par une stratégie visant à développer l’influence d’un établissement réside dans l’alignement sur ces deux axes. Concilier impact scientifique et présence médiatique n’est pas toujours simple, ni dans la culture du monde de l’éducation, en particulier en France. Il est parfaitement possible, et sans doute souhaitable, de produire des grilles d’analyse avec des notes par critère d’influence, explorant les deux axes prédéfinis plus haut. Mesurer son influence permet alors de comprendre et d’affirmer une position sur un marché devenu très concurrentiel et même mondial pour certains. Les établissements du supérieur l’ont compris depuis longtemps au travers de l’importance grandissante des classements nationaux et internationaux.
Prix décernés à des chercheurs, remises de médailles, personnalités médiatisées, autant de ressources humaines et de symboles éclatants mis au service de la réputation et des conversations qui construisent les marques que sont devenues peu à peu, les universités comme les grandes écoles. On l’a vu dans la diversité des critères ou des actions couvrant les deux axes scientifiques et médiatiques, influencer le monde de la connaissance, exige d’activer de très nombreux leviers.
Qu’en est-il pour certains de nos fleurons tricolores ? Comment se situent-ils face à leurs concurrents européens, américains, ou asiatiques ?
Si l’on examine le positionnement de trois grands établissements français, Paris-Saclay, HEC et Sorbonne Université, on peut caractériser de significatives différences. Ainsi, sans comparer dans l’absolu, leur influence dans la sphère économique, il est possible d’affirmer ce qui constitue davantage qu’une simple réputation. Paris-Saclay, outre sa position dominante dans les classements internationaux, a su développer une influence majeure dans la production et l’impact de résultats de la science et en particulier de la technologie. À l’international, la marque agit comme un pôle d’attraction pour les industriels et les chercheurs grâce à sa capacité de transfert et de valorisation (brevets, startups DeepTech).
Pour HEC, le rayonnement provient, sans conteste, de la force de la marque et de son réseau d’Alumni. Son influence est sociale et décisionnelle. Une image de prestige et d’excellence sans doute comparable à celle d’Harvard, toutefois à un degré moindre. C’est aussi le fruit d’un travail de cohérence et de persistance dans le récit. L’élite du business, en France, est rattachée à HEC. Enfin pour Sorbonne Université, nous pouvons caractériser son influence comme étant à la fois une autorité intellectuelle et une forme de référence scientifique. Véritable équilibre entre histoire et science, l’université poursuit son parcours d’ambassadeur de la connaissance académique, notamment au cœur de la communauté européenne où elle fait face à des institutions comme Oxford, Cambridge ou encore l’EPHL et l’Université Catholique de Louvain.
| Établissement | Nature de l’influence | Cible principale | Indicateur clé |
|---|---|---|---|
| Paris-Saclay | Scientifique & Technique | Communauté académique & Industrie | Classements (Shanghai), Brevets, ERC |
| HEC Paris | Notoriété & Réseau | Monde des affaires & Décideurs | Salaires de sortie, Réseau Alumni, Accréditations |
| Sorbonne Université | Intellectuelle & Diplomatique | Opinion publique & Institution | Présence média, Alliances européennes, Rapports de référence |
Si nous avons, au travers de ces exemples français, une bonne vision des différentes influences, la question des modèles étrangers se pose, pour tous les établissements qui souhaitent émerger sur la scène nationale et internationale. Comment gagner en influence ? Quels sont les points clés d’une différenciation positive ?
Sans entrer dans les détails des actions qu’il serait opportun d’activer, nous avons repéré quelques choix stratégiques clairs suivis par les « meilleurs établissements » en termes d’influence.
Avant tout, se focaliser sur l’influence scientifique en mettant l’accent sur 3 à 5 axes de spécialisation forts (par exemple : IA responsable, santé publique, climat, sciences humaines du numérique). Sur chacun de ces axes, il conviendra de cartographier les équipes, les projets, les partenaires, les infrastructures, et les porteurs « stars » potentiels. Il est parallèlement indispensable de faire de la recherche le sujet central du récit de la marque et de repositionner le discours institutionnel autour des chercheurs et de leurs résultats. Dans cet axe, il est crucial d’identifier 10–20 « visages » de l’université (présidence, VP recherche/formation, chercheur·e·s, doctorants, alumni) et de les former à la prise de parole (médias, réseaux sociaux, vulgarisation). Enfin, il peut être précieux d’organiser une revue trimestrielle de l’influence (présidence, VP, dir. com., dir. RI, dir. recherche, dir. formation).
Travailler son influence, c’est aussi mettre en valeur ses partenaires, les entreprises ou les projets qui portent à la fois les valeurs et surtout l’impact économique et social réel de l’établissement. Tout doit alors converger vers la marque qui symbolise les efforts et les moyens mis en œuvre par l’ensemble de la communauté.
L’exemple de PSL est à ce sujet tout à fait intéressant. En effet, conçue précisément pour résoudre le dilemme entre l’excellence scientifique de niche (ses écoles membres) et la nécessité d’une visibilité critique à l’international, PSL est un cas d’étude passionnant. Comment ce pôle d’excellence qui regroupe une quinzaine d’établissements de très haut niveau, peut-il accélérer sur le sujet de l’influence ?
En comparaison avec un établissement comme l’ETH de Zurich, on peut imaginer quelques axes de progrès, dont nous ne donnons ici qu’un aperçu à titre d’exemple.
| Levier d’influence | PSL (France) | ETH Zurich (Suisse) |
|---|---|---|
| Identité | Marque « parapluie » regroupant des écoles. | Marque unique et monolithique. |
| Influence scientifique | Excellence dispersée mais massive. | Hyper-concentration thématique. |
| Notoriété | En construction (notoriété de la marque PSL vs ENS) | Notoriété mondiale immédiate et historique. |
Outre qu’il est impératif de renforcer la « clarté du positionnement » pour que le nom « PSL » devienne aussi puissant à l’étranger que « ENS » ou « Mines », il est clair que l’organisation d’une prise de parole centralisée et la valorisation d’un formidable réseau d’Alumni peuvent figurer au rang des objectifs stratégiques à poursuivre dans les prochaines années.
Si la grande majorité des établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche se sont emparés du sujet de l’influence, les leaders des classements sont encore la vitrine, les porte-drapeaux de la position de notre pays dans le monde. Ainsi dans un discours prononcé à l’université du Caire, en 2025, le président Emmanuel Macron, incitait à voir l’innovation comme un contre-pouvoir à la puissance de la Chine et des USA :
« Ne soyez pas des consommateurs de ce monde. […] Ce n’est pas un avenir de consommer les innovations qui sont faites en Chine ou aux États-Unis. C’est un avenir de faire ces innovations, de les inventer au Caire ou à Paris. ».
Car notre influence est à la fois réelle et en progrès. Ce que confirme dans son analyse, Phil Baty (Directeur de la stratégie globale pour le Times Higher Education) : « Les experts notent souvent que la France a réussi un « progrès structurel » en regroupant ses forces. En 2025-2026, la présence de plusieurs établissements français dans le Top 100 mondial (PSL, Paris-Saclay, Institut Polytechnique de Paris) confirme que le modèle français n’est plus seulement perçu comme « élitiste et fermé », mais comme une force de frappe scientifique globale. »
Encore un effort ! C’est ce que nous aurions envie de transmettre à toutes les instances dirigeantes des établissements. L’influence exige constance et détermination. Elle se construit et devient alors une arme stratégique dans un concert international, érigeant un repère, un phare pour la connaissance et la science.
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