Anne-Charlotte Monneret
Déléguée Générale d’EdTech France

EdTech France fédère les entreprises technologiques au service de l’Education en France. Vous travaillez tout au long de l’année avec vos membres pour favoriser le développement de la filière EdTech, quelles propositions formulez-vous dans le cadre de cette campagne présidentielle ?

Nous avons en effet été auditionnés par plusieurs équipes de candidats, et nous remontons tout au long de l’année des propositions concrètes, mais il est vrai que cette période est très importante pour notre écosystème et pour le monde éducatif et universitaire dans sa globalité.

Certaines propositions pour l’ESR se recoupent d’ailleurs avec ce qu’on peut porter pour la formation initiale.

Par exemple, la proposition de créer une Agence du Numérique regroupant les représentants des collectivités, ceux de la filière privée, les trois Ministères (MENJS, MESRI, Travail) et les Opérateurs.

C’est ce qu’il s’est passé pour mener une politique efficace du numérique en santé. Cette agence pourrait réguler en posant les cadres et les bonnes pratiques, notamment en termes de sécurité et d’interopérabilité, cela faciliterait le partage de données dans un climat de confiance, des sujets d’autant plus cruciaux pour les Universités, qui ont besoin de travailler entre elles de manière sûre et efficace.

Cette agence pourrait aussi accompagner le déploiement national des outils et projets numériques au sein des Universités afin de développer les usages et de favoriser l’innovation entre les établissements.

Une autre proposition, un Compte personnel de formation pour les enseignants en euros comme l’ensemble des salariés, complétant les heures de formation actuellement en place, afin notamment de soutenir le corps enseignant dans le renforcement de ses compétences numériques.

Il faudrait aussi pouvoir simplifier l’accès et le déploiement des solutions innovantes détectées par DemoEs, et débloquer des financements supplémentaires pour en permettre le déploiement au sein de tous les établissements volontaires.

Il faut en effet encourager les établissements à travailler avec des edtechs, et pour cela, la question du budget est cruciale, soit en fléchant un budget “edtech”, soit sous forme de “chèque numérique” par établissement, à activer auprès des acteurs edtechs pertinents pour chaque projet pédagogique.

Qu’attendez-vous des propositions des candidats à l’élection présidentielle? 

La crise a mis en lumière les “failles” de la politique universitaire en matière de numérique : un fossé se creusant entre des GAFAM de plus en plus présents et des outils numériques edtech encore trop peu utilisés par les Universités, un manque de formation des enseignants et d’accompagnement des étudiants, un retard des infrastructures, des inégalités d’accès majeures selon les territoires, et un manque d’acculturation des élites universitaires à la question du numérique et à ses enjeux.

Or le numérique est désormais un mode d’organisation des sociétés, de circulation de l’information, et d’échange entre les individus. L’Université, socle de notre société, tant sur le plan des contenus que sur celui des usages et pratiques pédagogiques, ne peut se retrouver à l’écart de ce qui caractérise et modifie en profondeur nos sociétés et nos économies.

Il est temps de projeter l’Université française dans le XXIe siècle avec une parole politique équilibrée sur le numérique, et qui ne traite pas le sujet uniquement par le prisme de la “souveraineté”.

Cela suppose ainsi d’intégrer le numérique et ses usages pédagogiques au cœur de la formation des professeurs, de valoriser les compétences et les solutions de la EdTech française en permettant à des champions nationaux d’émerger.

Cela suppose, à deux mois de l’élection présidentielle, de faire du numérique pour l’ESR une priorité, pour permettre à l’Université de pleinement réussir sa transformation numérique, en vue d’un enseignement supérieur ambitieux et dotant chaque étudiant de solides compétences numériques, qu’importe son cursus.

Quelques lignes fortes sont cependant à retenir de la part de certains candidats : l’importance de la vie étudiante, et du bien-être à l’université (En Marche), l’autonomie réelle des Universités à mettre en place (Les Républicains), et les enjeux écologiques et durables à
ne pas négliger (Y. Jadot). Mais l’ESR reste particulièrement absent des débats et, quand il est abordé, le numérique n’est que trop rarement l’angle choisi…

Selon vous, à quoi ressemblera la EdTech française dans 5 ans?

Aujourd’hui en 2021, la EdTech française représente 10 000 emplois sur le territoire, plus de 500 acteurs, et 1,3 milliard de chiffre d’affaires.

Je rêve d’un marché qui se structure davantage, qui s’exporte avec une vraie reconnaissance du savoir-faire français et de l’éducation à la française, d’un usage raisonné et innovant de l’intelligence artificielle, d’entreprises Edtech réellement inclusives et prenant en compte les critères d’accessibilité, etc..

Je rêve aussi d’outils souverains et interopérables, et d’une utilisation vertueuse des données d’apprentissage pour suivre au mieux les étudiants dans tout leur cursus de formation.

Je rêve enfin d’un marché Edtech français leader en Europe, à la pointe de l’innovation, et captant les meilleurs talents pour créer les solutions de demain.