De tout temps, la connaissance comme les compétences ont été évaluées. A l’heure où se préparent encore de très nombreux étudiants français pour passer leurs examens de fin d’année, après une année d’enseignement fortement perturbée par la covid-19, quels sont les moyens mis en œuvre et quelles nouvelles perspectives s’ouvrent aux différents acteurs ?

Rappelons pour débuter cette discussion, qu’au 17e siècle, le dictionnaire indiquait qu’un examen, était une recherche de l’exactitude, pratiquée le plus complètement et le plus minutieusement possible :

« EXAMEN, se dit aussi de l’espreuve, de la capacité de celuy qu’il faut promouvoir aux Ordres, ou recevoir en quelque charge, qui aspire à quelques degrez dans les Escoles », Dictionnaire universel de Furetière – 1690.

Ce qui saute aux yeux du lecteur, c’est ici que l’examen est directement relié au terme d’épreuve. Une épreuve faisant la preuve des capacités de l’examiné, mais symbolisant aujourd’hui la difficulté et parfois la rudesse, de ce que les établissements d’enseignement proposent à leurs étudiants. Si passer ses examens ne devrait plus être une épreuve, il n’en reste pas moins vrai que la population étudiante est sensible aux conditions dans lesquelles l’autorité contrôle l’acquisition des savoirs qu’elle prodigue. Ainsi la période extrêmement compliquée à laquelle les étudiants ont été soumis, inciterait à considérer avec une bienveillance accrue leur future réussite dans les évaluations.

Or le passage au distanciel pour les cours a naturellement été suivi du passage au distanciel pour les évaluations. Dès lors de très nombreuses questions se sont posées dont certaines sont encore sans réponse. « Comment faire confiance aux étudiants ? » mais aussi « comment faire confiance à la technologie déployée ? » sont les questions qui créent le plus de conversations et provoquent ainsi des réactions vives à tous les niveaux. Ainsi par exemple, à l’Université Catholique de Louvain, on apprend que « les étudiants n’en peuvent plus », tant les problèmes liés au recours à une plateforme digitale pour leurs examens, sont importants [1]. Ailleurs en Suisse, on s’interroge sur la volonté de surveillance des agissements des apprenants au-delà du simple contrôle de leur identité : « cette surveillance va beaucoup trop loin, s’exclame Hugo Molineaux, secrétaire permanent de la Conférence Universitaire des Associations Étudiantes. Le préposé à la protection des données a lui-même reconnu que cela s’apparentait à de la vidéosurveillance au printemps dernier. » On le comprend bien la confiance est primordiale dans la situation complexe vécue par tous.

Alors quel est l’état des lieux en cette fin d’année universitaire ?

« Globalement, le calendrier a […] été conservé, avec des partiels du 2e semestre prévus en mai » déclare Guillaume Gellé, vice-président de la CPU (Conférence des présidents d’université).

Et pour ce qui est du choix des modalités, les établissements restent libres d’organiser leurs partiels en présentiel ou à distance. A partir du 3 mai, les partiels seront organisés « selon les modalités de contrôle des connaissances qui ont été validées par les établissements : en présentiel, à distance ou via la remise d’un rapport. Sur la session du premier semestre, 30 à 40 % des examens ont eu lieu en présentiel. Ils seront un peu plus nombreux au second semestre », précise par ailleurs, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Tout est donc semble-t-il en place.

Mais au-delà de ces questions organisationnelles, reste le sujet des moyens technologiques utilisés pour faire passer ces examens à distance. Si beaucoup d’universités ont utilisés dès mai 2020 les fonctionnalités de leur LMS (le plus souvent Moodle) pour organiser les examens, un certain nombre d’entre elles ont également cherché des solutions technologiques plus performantes et offrant une plus grande richesse docimologique.

Quels sont les nouveaux outils pour évaluer les connaissances ?

Ainsi, pour Sabine Bottin-Rousseau, directrice FOAD à Sorbonne Université, « la modalité que j’ai testée, c’est un sujet qui s’affiche sur l’écran mais une rédaction sur papier. L’étudiant scanne ensuite son devoir avec son smartphone et le télécharge sur le site. Durant l’épreuve, ils se filment avec sa webcam afin d’être surveillé ».

De son côté, Laurent Champaney, directeur général de l’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers (ENSAM) se montrait rassurant en rappelant que « dès l’automne 2019, nous avions déjà commencé à déployer des plateformes d’enseignement à distance comme Microsoft Teams. Nous en avons éprouvé d’autres, comme l’application Wooclap. Les enseignants, avec leurs groupes d’étudiants, s’étaient donc déjà habitués à « jongler » avec différents outils afin de re-scénariser les cours en effectuant, par exemple, des sondages et des QCM pour dynamiser et mettre davantage d’entrain dans l’enseignement. »

Pour autant, hormis le recours au quizz en ligne, à l’oral passé en visio-conférence ou à l’omniprésent QCM, rien ou presque ne semble remettre en question la note d’examen comme support majeur de l’évaluation.

Si respecter des conditions équitables pour tous est évidemment un enjeu pour toutes les universités, qu’elles aient opté pour les partiels à distance ou qu’elles soient restées sur des modalités classiques en garantissant une sécurité sanitaire exemplaire, on constate que les avancées en termes de mode d’évaluation demeurent limitées.

Outre que les efforts des éditeurs de solutions digitales semblent trop axés sur la sécurisation, la surveillance de l’examen, c’est la rigidité dans l’évaluation elle-même qui fait débat aujourd’hui. Car dès l’année dernière une ordonnance du gouvernement du 27 mars 2020 incitait les établissements à s’adapter. Le texte précisait même que

« ces adaptations peuvent porter, dans le respect du principe d’égalité de traitement des candidats, sur leur nature, leur nombre, leur contenu, leur coefficient ou leurs conditions d’organisation, qui peut notamment s’effectuer de manière dématérialisée ».

Et si la question de l’hypersurveillance est en jeu, il convient sans doute de s’interroger plus largement sur les modalités d’examen et le passage d’un contrôle des connaissances à une évaluation des compétences. De la même manière que dispenser son cours à distance n’est pas la transposition dématérialisée de son cours en présentiel, un examen à distance doit être pensé autrement. Certes, la question de la vérification de l’identité du candidat reste un sujet central et les solutions de proctoring sont à ce titre intéressantes à considérer.

Mais à l’heure où l’on parle de plus de plus de l’évaluation par compétences, pourquoi devrait-on continuer de demander aux étudiants de répondre à des questions de cours et pourquoi ne les mettrait-on pas en situation de résoudre des problèmes concrets ou de faire appel à leur capacité d’analyse et à leur créativité ? Pourquoi ne pas évaluer uniquement des projets concrets, qui seraient développés sous le contrôle des professeurs et évalués en fin de cycle ? Il ne s’agit là que d’un exemple, mais l’on en retiendra que si la technologie peut aider à faire face au nombre et à l’accélération des apprentissages, il faut également innover en évaluant la capacité à « apprendre à apprendre ».

Autrement dit l’avenir est-il à l’évaluation de notre capacité à évoluer ?

[1] https://www.rtl.be/info/belgique/societe/-les-etudiants-n-en-peuvent-plus-c-est-un-fiasco-l-uclouvain-renonce-finalement-a-son-logiciel-d-examens-a-distance-1220832.aspx